Prendre le temps

Dans ma ville en béton où l’on cherche l’air pur
J’ai une révélation, des envies de nature
Je veux élever des poules, fabriquer du fromage
Et ne plus voir la foule me piquer mon nuage
Je voudrais prendre le temps, le temps

Eteignez les lumières, je ne vois pas les étoiles
La tour Eiffel est fière d’être la reine du bal
Mais je me fous qu’elle soit belle, je veux voir des hérissons
Toucher des coccinelles, cueillir des champignons
Je voudrais prendre le temps, le temps

Mais tu dois marcher vite, tu dois te lever tôt
Et traverser en sprint les couloirs du métro
Et tu cours de plus belle pour rattraper le temps
Quand au coeur d’un tunnel, on te dit « Sois patient »
Tu veux croire en ta chance mais tu es convaincue
Pour ta correspondance, c’est bel et bien foutu
Tu finiras blasée, récitant tes prières
Sur la vitre écrasée, au fond d’un RER

Un fois rentrée chez moi, je reprends forme humaine
Je me dis que là-bas, la vie est plus sereine
J’aurais une cheminée pour y brûler du bois
Et je donnerais à manger aux oiseaux qui ont froid
Je voudrais prendre le temps, le temps

Mais tu dois marcher vite, tu dois te lever tôt
Et traverser en sprint les couloirs du métro
Et tu cours de plus belle pour rattraper le temps
Quand au coeur d’un tunnel, on te dit « Sois patient »
Mesdames, messieurs, bonsoir, veuillez nous excuser
Pour ce petit retard, la gêne occasionnée
Et quand un jour, on dit : « Ah, bah y a pas de métro »,
Il te prend une envie de bouffer du cheminot

Pour pouvoir évacuer les tensions qui m’oppressent
Je me suis initiée à des techniques diverses
Pour la circulation de toutes ces énergies
Je fais de la relaxation, ma maison est feng shui
Je voudrais prendre le temps, le temps…

Je regarde pousser mes plantes dans un coin du salon
Et mon chat qui se vante couché de tout son long
Ah! je rêve d’un verger, un jardin de cent hectares,
Avoir un potager, manger dehors le soir
Et je prendrais le temps, le temps

Mais tu dois marcher vite, tu dois te lever tôt
Emprunter un Vélib’ quand il n’y a pas de métro
Ou chausser tes chaussures pour traverser Paris
Au milieu des voitures qui s’énervent dans le bruit
Deux heures et demi plus tard, te voici au boulot
Tu commences par t’asseoir car tu en as plein le dos
La marche à pied, ma foi, respirer le grand air
Je ne comprends pas pourquoi tout le monde est sur les nerfs